Le besoin de contribuer à son tour
Après 15 ans d'études et d'entrepreneuriat, je ressens plus que jamais le besoin de contribuer au sein de ma communauté.
Dans ce texte, je vous partage mon point de vue en tant que Martiniquais parti jeune étudier en France et à l'étranger, mais surtout en tant qu'Arlésien.
Je ne prétends pas être un modèle ni tout savoir : je fait des erreurs, j'ai des défauts comme tout le monde et je suis ouvert à la discussion et aux retours constructifs.
Partir pour réussir, mais à quel prix ?
Un des schémas "classiques" de la société est de faire des études, trouver un bon travail, évoluer pendant plusieurs années et prendre sa retraite sous le soleil dans les Caraïbes.
On entend aussi souvent dire : "Si j'étais riche, je partirais vivre dans les Caraïbes".
En étant Antillais, cela nous place dans une autre perspective. Je dirais même sous une perspective inversée car nous sommes caribéens par nature.
Vivre sur une île à proximité de la plage et entourée de la nature tropicale est notre point de référence. Dès notre naissance, nous avons ce que beaucoup de personnes souhaitent obtenir tout au long de leur vie. Nous avons cette richesse à notre disposition tous les jours de l'année.
Je me rappelle que lorsque j'ai quitté la Martinique à mes 18 ans pour la métropole, j'ai souvent entendu les remarques suivantes des personnes autour de moi :
- Pourquoi es-tu venu t'installer dans le froid, en France ?
- Qu'est-ce-que tu es venu faire ici ?
- J'aurais trop aimé vivre en Martinique.
Pour le coup, je savais que j'étais parti pour effectuer des études, mais je ne comprenais pas pourquoi les gens que je rencontrais réagissaient de cette façon.
Ce n'est qu'après 2 ans de vie en métropole, à l'âge de 20 ans que j'ai eu une première réponse en rentrant au pays pour les grandes vacances. J'étais tout d'abord excité et heureux de rentrer pour visiter ma famille et mes amis, mais ce retour a été surtout une redécouverte de mon pays.
C'était comme une mise en lumière de la beauté de l'île et des bonnes sensations qu'on ressent à y vivre là-bas. Des sensations qui étaient acquises dès la naissance mais qui s'étaient peu à peu perdues en vivant dans l'Hexagone.
A chaque retour, je redécouvrais mon île avec un point de vue différent. A l'époque, jeune et aventureux, j'étais très excité à l'idée de voyager et de quitter la Martinique et j'ai eu la chance de voyager en Europe, en Amérique, en Afrique et en Asie, dans des endroits uniques et magnifiques, mais je me suis rendu compte qu'il n'y a nul lieu sur Terre où je pourrais ressentir ce que je ressens lorsque je suis au pays.
Revenir au pays, mais à quel prix ?
L'un des schémas bloquants aux Antilles est que nous partons jeunes pour les études. Une fois diplômés, nous travaillons en France ou à l'étranger, puis nous essayons de rentrer mais avec beaucoup de compromis sur le plan professionnel. La réalité, c'est qu'il n'est pas si facile de trouver un poste idéal avec des conditions et des prétentions salariales équivalentes à celles de l'Hexagone. Certains décident de prendre le risque de rentrer, certains préfèrent attendre et rentrer plus tard dans leur quarantaine, d'autres encore se sentent bien en France et à l'étranger. Chaque choix est respectable et chacun décide de sa vie.
Ce qui peut être frustrant pour ceux qui essayent de revenir mais qui rencontrent des difficultés, c'est que pendant que nous quittons la Martinique, des étrangers trouvent des opportunités et s'y installent. Est-ce dû à notre passé colonial et aux conséquences toujours présentes aujourd'hui ? Est-ce dû à un manque de volonté de notre part ? Est-ce dû à notre incapacité à prendre des risques et à entreprendre ? Peut-être un mélange de tout ça et bien d'autres choses. Quoiqu'il en soit, nous devons être acteur de notre futur pour espérer obtenir un meilleur avenir.
Nous sommes de passage pour un court moment. Jeunes, nous avons la santé, nous sommes insouciants et aventureux. En grandissant, nous avons beaucoup plus conscience de notre mortalité et nous voyons aussi des personnes qui nous sont chères venir et partir années après années.
Quel héritage laisserons-nous à nos enfants et à la prochaine génération ? Projet AAA (Avenir Anses d'Arlet) est une initiative pour répondre à cette question.
Projet AAA
Projet AAA (Avenir Anses d'Arlet) est une initiative qui a pour but de promouvoir la commune des Anses-d'Arlet en mettant en avant l'écosystème économique local et en participant à l'éducation des Arlésiens à travers des évènements communautaires.
Dans la société actuelle, nous pouvons accomplir beaucoup de projets avec le développement et la croissance de nouvelles technologies tel que l'intelligence artificielle. Cependant, il est encore plus important de prendre le temps d'observer et de réfléchir à ce que nous voulons vraiment mettre en place avant de passer véritablement à l'action, car c'est d'autant plus facile de prendre un mauvais chemin et d'être forcé à payer les conséquences sur le long terme.
Oui, nous pourrions faire beaucoup de choses et partir dans toutes les directions, mais nous croyons en l'importance de travailler sur un seul projet à fort potentiel à la fois, d'être focalisé et de s'assurer que le projet soit correctement réalisé avant de passer au suivant. Cela nous permet d'établir un process solide et de renforcer notre capacité à réaliser des projets de plus grandes envergures au fil du temps.
Notre rôle est de construire des projets que les Arlésiens veulent. De créer de la valeur et un meilleur avenir pour tous.